Épisode 10Le démon du toit a le visage de ma femme, j’en pleureLa Tuile du démon
le dernier de la série. Le Daimyo vient de gagner un long procès. Au temple où il va rendre grâce, il lève les yeux vers le démon du toit et éclate en sanglots : « C’est le portrait craché de ma femme, restée au pays ! » Taro Kaja, qui se retient de rire, doit choisir ses mots. D’après la pièce de kyōgen « La Tuile du démon ».
Le kyōgen est le théâtre comique classique du Japon, un art de la parole né aux côtés du nô, drame masqué plus solennel, et joué depuis environ six siècles. Ses histoires sont courtes, ses distributions réduites, et on y rit moins des dieux ou des héros que des faiblesses de tout le monde. La Tuile du démon, Onigawara en japonais, est une pièce dite « de seigneur » : son personnage principal est un noble de province. Un onigawara existe vraiment : c’est une tuile décorative posée sur les toits, souvent façonnée en visage d’ogre renfrogné.
La Tuile du démon (Onigawara) : résumé de la pièce de kyōgen
En bref : La Tuile du démon (Onigawara) est une pièce comique de kyōgen dans laquelle le Daimyo, un seigneur de province qui vient de gagner un long procès, fond en larmes au temple d’Inaba : le démon du toit lui rappelle sa femme, restée au pays. Son serviteur Taro Kaja le console en lui promettant un retour prochain, et les deux hommes finissent par rire ensemble.
Qu’est-ce que La Tuile du démon ?
Le kyōgen est le théâtre comique classique du Japon, un art de la parole né aux côtés du nô, drame masqué plus solennel, et joué depuis environ six siècles. Ses histoires sont courtes, ses distributions réduites, et on y rit moins des dieux ou des héros que des faiblesses de tout le monde.
La Tuile du démon, Onigawara en japonais, est une pièce dite « de seigneur » : son personnage principal est un noble de province. Un onigawara existe vraiment : c’est une tuile décorative posée sur les toits, souvent façonnée en visage d’ogre renfrogné. Toute la pièce naît d’un seul instant absurde devant cette tuile, ce qui en fait l’une des comédies les plus simples et les plus faciles d’accès du répertoire.
Résumé de la pièce : du procès gagné aux larmes
Un seigneur venu d’une province lointaine se présente au public : c’est le Daimyo. Il a passé longtemps dans la capitale pour un procès, et il vient enfin de le gagner. Ses terres sont confirmées, il peut rentrer chez lui. Il appelle son serviteur, Taro Kaja, et lui annonce la bonne nouvelle.
Le Daimyo attribue sa victoire au Bouddha guérisseur, qu’il a prié au temple d’Inaba pendant son séjour. Avant de partir, il va donc lui rendre grâce, accompagné de Taro Kaja. Une fois les prières faites, une idée grandiose lui vient : pourquoi ne pas élever le même pavillon dans son pays ? Les deux hommes se mettent à faire le tour du bâtiment pour étudier sa construction.
C’est alors que le Daimyo lève les yeux vers un démon du toit et se met soudain à pleurer. L’endroit exact du toit et l’ordre de la visite peuvent varier selon les traditions de jeu. Taro Kaja, stupéfait, lui demande ce qui lui arrive. Le Daimyo explique que ce visage ressemble trait pour trait à celui de sa femme, restée au pays, et qu’en le voyant elle lui a soudain manqué.
Il détaille alors la ressemblance, des yeux au nez et à la bouche, les mots exacts dépendant du texte retenu. Taro Kaja le console : ils rentrent bientôt, et il la reverra. Le Daimyo se rassérène aussitôt, et la pièce s’achève sur le grand éclat de rire des deux hommes.
Les personnages : deux hommes et une absente
Seules deux personnes paraissent sur scène. Le Daimyo tient le rôle principal, le shite, et Taro Kaja le rôle secondaire, l’ado. Taro Kaja est le serviteur type du kyōgen, une figure que le public retrouve dans bien d’autres pièces.
Le personnage le plus important, lui, n’entre jamais en scène. L’épouse du Daimyo n’existe que dans les mots de son mari. Elle ne dit rien, on ignore tout de son caractère, et ce que l’on croit savoir d’elle vient d’un homme en larmes, les yeux rivés sur un ogre.
Pourquoi on rit : le sens de la pièce et son contexte
Un peu de contexte éclaire la situation. Ces tuiles étaient posées sur les toits dans un but protecteur : leur visage féroce devait éloigner le malheur. Le temple d’Inaba, lui, est un vrai temple de Kyoto, associé à sa statue du Bouddha guérisseur. La scène commence donc dans le recueillement, avec un pèlerin reconnaissant en lieu saint, puis l’émotion du Daimyo fait s’écrouler cette dignité en un instant.
Les seigneurs sont des cibles fréquentes du kyōgen, qui tire souvent son comique de l’écart entre le rang d’une personne et sa conduite réelle. Voilà un homme qui vient de remporter une grande victoire judiciaire, qui projette de bâtir un pavillon de temple, et qui sanglote devant un ornement de toiture.
Le rire a aussi un côté plus tendre, et c’est ce qui fait durer la pièce. Le Daimyo compare sa femme à un démon sans l’ombre d’un tact, mais il pleure parce qu’elle lui manque terriblement. On peut y entendre une insulte, une déclaration d’amour, ou les deux à la fois. La pièce ne tranche pas : elle laisse simplement rire les deux hommes.
Ce que le manga ajoute à la pièce
L’essentiel de l’épisode 10 vient de la pièce : le procès, la visite de remerciement, les larmes devant le démon du toit, la ressemblance avec l’épouse et le rire partagé. Plusieurs éléments, en revanche, sont des ajouts du manga.
Comme il s’agit du dernier épisode de la série, il s’ouvre sur un bref regard vers les déboires précédents, avec notamment Jiro Kaja, le compagnon de Taro Kaja, qui ne figure pas dans La Tuile du démon. Les cases montrant l’épouse ne représentent que l’imagination du Daimyo, et tout indice sur son caractère ou sur la vie du couple est inventé, puisque la pièce n’en dit rien.
La fin est aussi prolongée. L’original s’arrête sur le rire, sans montrer le départ, alors que le manga ajoute une scène de retour au pays et un adieu à la série. Les détails de l’enceinte du temple et les paysages du pays natal sont eux aussi des choix artistiques, absents de la pièce.
Où lire La Tuile du démon en manga
Une blague bâtie sur un visage fonctionne particulièrement bien en manga : on y voit le démon, la mine défaite du Daimyo et Taro Kaja qui se retient de rire en pesant ses mots. Vous pouvez lire ce dernier épisode et le reste de Kyōgen : six siècles de rire sur Manga Portal. Tous les épisodes sont gratuits, sans inscription. Et si celui-ci vous a plu, les épisodes précédents sont une agréable façon de rencontrer les autres seigneurs naïfs et les serviteurs malicieux du kyōgen.
Personnages de cet épisode
Le Daimyo
Seigneur d’une province lointaine qui gagne un long procès dans la capitale, puis fond en larmes devant un démon du toit qui lui rappelle sa femme.
Taro Kaja
Serviteur du Daimyo et figure type du kyōgen, qui l’accompagne au temple, s’inquiète de ses larmes et le console en lui promettant un retour prochain.
L’épouse du Daimyo
Restée au pays, elle ne paraît jamais sur scène et n’est connue que par la comparaison de son mari avec le démon du toit.
Questions fréquentes
De quoi parle La Tuile du démon (Onigawara) ?
C’est une courte comédie de kyōgen. Un seigneur qui vient de gagner un long procès va remercier le Bouddha guérisseur dans un temple, puis pleure en voyant une tuile à visage de démon qui lui rappelle sa femme. Son serviteur le console, et ils finissent par rire ensemble.
Qu’est-ce qu’un onigawara ?
Un onigawara est une tuile décorative japonaise, souvent façonnée en visage d’ogre féroce. Ces tuiles étaient traditionnellement placées sur les toits dans un but protecteur, pour éloigner le malheur.
Pourquoi le Daimyo pleure-t-il dans La Tuile du démon ?
Le visage du démon lui rappelle sa femme, restée dans sa lointaine province. Tout le comique est là : la comparaison est peu flatteuse, mais ses larmes viennent d’un vrai manque.
Voit-on l’épouse du Daimyo dans la pièce ?
Non. Son mari est le seul à parler d’elle, et elle n’a ni réplique ni action dans la pièce. Dans le manga, elle n’apparaît que dans les cases qui montrent ce que le Daimyo imagine.
Qu’est-ce que le kyōgen et quelle différence avec le nô ?
Le kyōgen est le théâtre comique traditionnel du Japon, né aux côtés du nô et joué depuis environ six siècles. Le nô est solennel, masqué et musical, tandis que le kyōgen repose surtout sur le dialogue parlé et sur un comique tiré des faiblesses du quotidien.