Épisode 9« Pas une goutte ! » Et il remet çaSuō Otoshi
« Pas une goutte ! » jure Taro Kaja avant de partir. Puis il tend sa coupe, encore et encore, tout en répétant que c'est bien assez. Ivre, il laisse tomber son tout nouvel habit de cérémonie sous les yeux de son maître, qui le ramasse sans crier. Et c'est bien ça qui donne des sueurs froides. Voici Suō Otoshi, une comédie du kyōgen.
Tout part d'une envie soudaine. Le Daimyo, petit seigneur et maître de Taro Kaja, décide sur un coup de tête de partir en pèlerinage à Ise, où se dresse le sanctuaire le plus vénéré du shintō, et annonce à son serviteur qu'il l'emmène. Avant le départ, une course s'impose : aller chez l'Oncle de Taro Kaja pour l'inviter au voyage. Certaines versions précisent qu'il avait déjà été question de partir ensemble. L'Oncle répond que c'est trop précipité et qu'il ne peut pas venir. Mais puisque son neveu prend la route, il sort le saké pour fêter ça.
Suō Otoshi résumé : la pièce de kyōgen de Taro Kaja et du suō perdu
En bref : Suō Otoshi est une comédie de kyōgen dans laquelle le serviteur Taro Kaja, envoyé inviter l'Oncle à un pèlerinage à Ise, s'enivre et reçoit en cadeau un suō, un habit de cérémonie. Il le laisse tomber en fanfaronnant devant son maître, le Daimyo, qui le ramasse sans un mot et s'éloigne. Cette pièce appartient au répertoire traditionnel des écoles Ōkura et Izumi.
Résumé de Suō Otoshi : l'histoire de la pièce
Tout part d'une envie soudaine. Le Daimyo, petit seigneur et maître de Taro Kaja, décide sur un coup de tête de partir en pèlerinage à Ise, où se dresse le sanctuaire le plus vénéré du shintō, et annonce à son serviteur qu'il l'emmène. Avant le départ, une course s'impose : aller chez l'Oncle de Taro Kaja pour l'inviter au voyage. Certaines versions précisent qu'il avait déjà été question de partir ensemble.
L'Oncle répond que c'est trop précipité et qu'il ne peut pas venir. Mais puisque son neveu prend la route, il sort le saké pour fêter ça. Taro Kaja se fait d'abord prier, puis accepte une coupe, puis une autre : ses belles manières se dissolvent à chaque gorgée, et c'est là que le rire monte. La mise en scène varie ; certaines versions jouent sur ses vantardises à propos de ce qu'il peut boire, ou sur des coupes de plus en plus grandes. Avant de le laisser partir, l'Oncle lui offre un suō, un habit de cérémonie, que Taro Kaja glisse dans ses vêtements. Selon certaines versions, il est aussi question de cacher ce cadeau au Daimyo.
Taro Kaja repart en titubant, de belle humeur, en chantant. Se demandant ce qui le retarde, le Daimyo est sorti à sa recherche, et les deux hommes se croisent sur la route. Enhardi par le saké, le serviteur se met à fanfaronner et à dire ce qu'aucun domestique ne devrait dire à son maître. Le contenu exact de ses propos, et leur cible, peuvent changer d'un texte à l'autre. En plein numéro, le suō glisse et tombe à terre.
Le Daimyo le ramasse sans un mot. Quand Taro Kaja s'aperçoit enfin de la disparition, il panique et fouille partout. Son maître, lui, s'éloigne avec l'habit comme si de rien n'était, et le serviteur lui court après. La pièce s'arrête là : ni réprimande ni véritable dénouement. Les derniers mots de Taro Kaja peuvent varier selon les écoles et les textes.
Qu'est-ce que le kyōgen, et pourquoi cette pièce fait-elle rire ?
Le kyōgen est le théâtre comique classique du Japon. Développé aux côtés du nô, un drame masqué plus solennel, il se joue depuis environ six cents ans. Ses pièces sont courtes, sa scène dépouillée, et son humour vient surtout des faiblesses humaines ordinaires plutôt que des dieux ou des héros. Suō Otoshi appartient aux shōmyō kyōgen, un groupe de pièces construites autour d'un petit seigneur et de son serviteur.
Taro Kaja est le personnage type le plus connu de ce répertoire : un serviteur souvent malin, paresseux, assoiffé, ou les trois à la fois. Le public a le double plaisir de voir le dernier de la maison répondre à son maître, puis de le voir se faire prendre.
Le suō change tout : il transforme une blague de buveur en piège. Comme c'est un habit de cérémonie, il représente un cadeau généreux, donc une vraie perte. Le geste le plus cinglant de la pièce reste ce ramassage silencieux. Un maître furieux offrirait à Taro Kaja de quoi protester ; un maître muet le laisse seul avec sa honte. La pièce ne dit jamais ce que le Daimyo compte faire, et le spectateur s'amuse à l'imaginer.
Le pèlerinage à Ise et le verre du départ
Le décor s'appuie sur des usages que les premiers spectateurs pouvaient reconnaître. Le grand sanctuaire d'Ise, dans l'actuelle préfecture de Mie, était une destination majeure du voyage religieux : un pèlerinage justifie donc sans peine qu'on expédie un serviteur en hâte. Marquer un départ par un verre et un présent relève aussi d'un rituel social naturel, d'où la générosité de l'Oncle. La chute de Taro Kaja ne vient donc pas de la méchanceté, mais de la politesse, de l'affection familiale et de l'incapacité à refuser une dernière coupe.
Ce que le manga ajoute à la pièce
Le cœur de l'épisode 9 suit la pièce traditionnelle : la course, le refus de l'Oncle, le saké, le cadeau, le retour, le suō tombé et le Daimyo qui le ramasse en silence. Les sueurs froides de celui qui est pris en faute par quelqu'un qui ne crie pas découlent directement de cette fin, même si l'accent mis dessus et le gag à répétition « Pas une goutte ! » sont la manière propre au manga de mettre la scène en images.
D'autres éléments sont des créations du manga et n'appartiennent pas à la pièce. Le Daimyo y est un seigneur dont un procès est sur le point d'être tranché, et le voyage à Ise devient une prière pour obtenir une issue favorable. Cette histoire inventée relie aussi l'épisode à la fin de la série. Le manga étoffe également le caractère du Daimyo et ce qu'il peut ressentir après avoir pris le suō, une question que la pièce laisse ouverte.
Sont aussi inventés la maison et le mode de vie de l'Oncle, la mise en scène de la beuverie, les accessoires et les amuse-gueules, les paroles de la chanson de Taro Kaja et les paysages de la route. Tout ce qui suit la poursuite relève également du manga, et non de la pièce d'origine.
Où lire Suō Otoshi en manga
Si cette histoire vous amuse à l'écrit, elle est encore meilleure quand on voit le visage de Taro Kaja changer d'une case à l'autre. L'épisode 9 de Kyōgen : six siècles de rire la raconte en manga, et toute la série se lit gratuitement sur Manga Portal, sans inscription. C'est une porte d'entrée facile vers le kyōgen, même sans avoir jamais vu de représentation. Commencez par cet épisode, ou revenez à l'épisode 1 pour rencontrer le reste de la troupe.
Personnages de cet épisode
Taro Kaja
Serviteur et rôle principal de la pièce, neveu de l'Oncle, incapable de refuser une coupe, qui perd son suō en fanfaronnant sous l'effet du saké.
Le Daimyo
Maître de Taro Kaja, qui décide soudain de se rendre à Ise, part à la recherche de son serviteur en retard et s'éloigne en silence avec le suō tombé.
L'Oncle
Oncle généreux de Taro Kaja, qui décline l'invitation au pèlerinage mais offre à son neveu du saké et un suō pour son départ.
Questions fréquentes
De quoi parle Suō Otoshi ?
Cette comédie de kyōgen suit le serviteur Taro Kaja, qui s'enivre lors d'une course chez l'Oncle et reçoit un habit de cérémonie en cadeau. Il le laisse tomber en fanfaronnant devant son maître, qui le ramasse sans bruit et s'en va.
Que signifie le titre Suō Otoshi ?
Le titre associe suō, un habit de cérémonie traditionnel, et otoshi, qui évoque le fait de faire tomber ou de perdre quelque chose. On peut le comprendre comme « L'habit tombé ».
Qui est Taro Kaja dans le kyōgen ?
Taro Kaja est le serviteur type le plus connu du kyōgen, et il apparaît dans de nombreuses pièces. Ce personnage comique s'attire des ennuis avec son maître à cause de ses envies, de ses excuses et de ses manigances.
Comment se termine Suō Otoshi ?
Le Daimyo s'éloigne avec le suō en faisant comme s'il ne savait rien, et Taro Kaja, affolé, le suit. La pièce s'arrête là, sans punition formelle ni explication sur ce que le maître fera ensuite.
Le manga Kyōgen est-il fidèle à Suō Otoshi ?
Les événements principaux suivent la pièce traditionnelle, dont le saké, le cadeau et le suō tombé. Le manga ajoute ses propres éléments, comme le procès du Daimyo et son voyage à Ise pour en obtenir une issue favorable, les paroles de la chanson de Taro Kaja et de nombreux détails visuels.