Épisode 10Au festin du Nouvel An, il restait un platLes Crânes d'or
« Les Crânes d'or ». Oda Nobunaga chasse de Kyoto le shogun qui l'appelait « Père », puis anéantit en moins de deux mois une grande maison et la famille du mari de sa sœur. Au Nouvel An suivant, les invités partis, il annonce d'humeur joyeuse : « Il reste un plat. »
Au début de 1573, Ashikaga Yoshiaki, le shogun, c'est-à-dire le chef militaire officiel du Japon, se retourne contre Oda Nobunaga, le seigneur de guerre qui l'avait amené à Kyoto cinq ans plus tôt. Les généraux de Nobunaga prennent les forts élevés par Yoshiaki à Imakatata et à Ishiyama. Nobunaga marche ensuite sur la capitale et incendie le quartier haut et les faubourgs, ce qui impose une paix provisoire. Il fait aussi construire un immense navire à rames sur le lac Biwa.
Les Crânes d'or d'Oda Nobunaga : le festin du Nouvel An 1574 expliqué
En bref : Les Crânes d'or désignent les têtes d'Asakura Yoshikage, d'Azai Hisamasa et d'Azai Nagamasa, qu'Oda Nobunaga fit présenter comme un mets à ses gardes montés, à Gifu, lors du Nouvel An 1574, après avoir chassé le shogun Ashikaga Yoshiaki de Kyoto et anéanti ces deux familles. Cet épisode vient du Shincho Koki, la chronique d'Ota Gyuichi, qui précise que les têtes étaient traitées au hakudami, une finition généralement comprise comme de la laque et de l'or.
Le récit d'origine : la route vers le festin (1573)
Au début de 1573, Ashikaga Yoshiaki, le shogun, c'est-à-dire le chef militaire officiel du Japon, se retourne contre Oda Nobunaga, le seigneur de guerre qui l'avait amené à Kyoto cinq ans plus tôt. Les généraux de Nobunaga prennent les forts élevés par Yoshiaki à Imakatata et à Ishiyama. Nobunaga marche ensuite sur la capitale et incendie le quartier haut et les faubourgs, ce qui impose une paix provisoire. Il fait aussi construire un immense navire à rames sur le lac Biwa. Quand Yoshiaki se soulève de nouveau au septième mois, depuis le château de Makishima, à Uji, ce navire fait traverser le lac à Nobunaga en un temps record. L'armée de Nobunaga force le passage de la rivière Uji, et Yoshiaki se rend en livrant son jeune fils en otage. Nobunaga lui laisse la vie et charge Hideyoshi, le général connu plus tard sous le nom de Toyotomi Hideyoshi, de l'escorter jusqu'à Wakae, dans la province de Kawachi. En chemin, on le raille sous le surnom de « Binbo Kubo », à peu près « le shogun sans le sou ». Ota Gyuichi, l'auteur de la chronique, juge que Yoshiaki s'est attiré ce sort, tout en le trouvant pitoyable.
Au huitième mois, un commandant des Azai fait défection, et Nobunaga marche sur le nord de la province d'Omi. Il conduit lui-même ses gardes montés à travers la tempête pour s'emparer d'un fort décisif. Prévoyant la retraite de l'armée d'Asakura, alliée des Azai, il ordonne la poursuite, mais ses principaux généraux tardent et il les devance. Quand il les réprimande, Sakuma Nobumori lui répond qu'aucun seigneur n'a de meilleurs vassaux, ce qui le met en fureur. L'armée d'Asakura est écrasée près du mont Tone. Les troupes de Nobunaga envahissent alors l'Echizen et brûlent Ichijodani, la capitale des Asakura. Asakura Yoshikage s'enfuit à Ono, où son parent Asakura Kageakira le trahit. Yoshikage se donne la mort et sa tête est remise à Nobunaga.
Nobunaga revient alors vers le château d'Odani, fief des Azai. Lors d'une action de nuit, Hideyoshi prend une position appelée Kyogoku-tsuburu et sépare Azai Hisamasa de son fils Nagamasa. Hisamasa se donne la mort. Le lendemain, Nobunaga monte lui-même sur cette position, et Nagamasa périt avec son vieux vassal Akao. Leurs têtes sont exposées à Kyoto. L'héritier de Nagamasa, âgé de dix ans, est traqué puis crucifié à Sekigahara.
Le festin du Nouvel An 1574 à Gifu
Le premier jour de l'année, des seigneurs de Kyoto et des provinces voisines viennent à Gifu présenter leurs vœux et recevoir le saké de cérémonie. Une fois ces invités partis, seuls restent les gardes montés de Nobunaga. Arrive alors un mets dont personne, selon Gyuichi, n'a jamais entendu parler, ni dans le passé ni de son temps : les trois têtes, traitées au hakudami et posées sur des plateaux de service formels. On continue de boire, les hommes chantent et s'amusent, et Nobunaga est ravi. La chronique ne dit rien de plus sur ce que chacun a ressenti.
Pourquoi ce festin ? Le Japon des Royaumes combattants
Le plus frappant, dans ce passage, c'est son calme. Gyuichi cite les têtes comme il citerait un plat rare et présente la réunion comme joyeuse. Le lecteur moderne y voit surtout de l'horreur, mais les têtes ennemies faisaient alors partie de la guerre ordinaire : on les inspectait après la bataille et on les exposait en public. Les servir pendant une fête était autre chose, et la chronique elle-même souligne le caractère inhabituel du geste.
Pourquoi Nobunaga a-t-il fait cela ? Le texte ne le dit pas. Beaucoup y lisent une démonstration de triomphe et de terreur destinée à son cercle intime. D'autres y voient une façon de clore une longue guerre, voire une forme de respect envers des adversaires de valeur. Aucune de ces lectures ne peut être prouvée par la chronique. L'histoire personnelle compte peut-être aussi : Nagamasa avait épousé la sœur de Nobunaga, et il s'était rangé aux côtés des Asakura contre lui en 1570.
L'année 1573 a également une portée plus large. Les historiens y placent souvent, avec l'expulsion de Yoshiaki, la fin du shogunat de Muromachi, qui durait depuis plus de deux siècles. Cette coupure est toutefois moderne, car Yoshiaki quitte Kyoto sans renoncer à son titre.
Ce que le manga change par rapport à la chronique
Les faits ci-dessus, y compris les trois têtes dorées, les chants et le plaisir de Nobunaga, viennent de la chronique. Une bonne part de la mise en scène appartient en revanche au manga. La réplique « Il reste un plat » et la montée de la tension avant la révélation sont inventées, puisque Gyuichi se contente de nommer ce qui fut servi. Les gardes figés par la peur sont aussi une création : la source ne rapporte aucune réaction de ce genre. Les pensées et les dernières paroles de Yoshiaki, de Nagamasa et de Yoshikage, ainsi que les détails des incendies et des châteaux qui tombent, sont imaginés également.
L'image d'un shogun qui appelait autrefois Nobunaga « Honoré Père » relève de la dramatisation, car elle ne provient pas des chapitres sur lesquels repose cet épisode. Le récit resserre aussi la chronologie et laisse de côté certains événements, comme les combats de Nagashima. Enfin, quelques détails souvent associés à cette histoire se trouvent hors du cœur du récit de la chronique : la fuite d'Odani d'Oichi, l'épouse de Nagamasa, et de leurs trois filles relève de la version traditionnelle, et des sources plus tardives peuvent donner le nom de Manpukumaru à l'héritier exécuté.
Où lire le manga
Si vous cherchiez la vérité sur les crânes d'or, le manga permet de sentir à quelle vitesse ces quelques mois se sont enchaînés. L'épisode 10 se trouve sur cette page, et Oda Nobunaga : le Roi-Démon des Royaumes combattants se lit gratuitement sur Manga Portal, tous les épisodes, sans inscription. Pour comprendre comment Nobunaga et Yoshiaki en sont arrivés à la rupture, commencez par le premier épisode.
Personnages de cet épisode
Oda Nobunaga
Le seigneur de guerre au centre du récit, qui chasse le shogun, détruit les Asakura et les Azai, puis fait servir leurs têtes lors d'une fête du Nouvel An.
Ashikaga Yoshiaki
Le shogun qui se soulève deux fois contre Nobunaga, se rend au château de Makishima et quitte Kyoto en vie.
Asakura Yoshikage
Le seigneur de l'Echizen, qui perd sa capitale d'Ichijodani et se donne la mort après la trahison d'un parent.
Azai Nagamasa
Le seigneur du nord de l'Omi et époux de la sœur de Nobunaga, qui meurt à la chute du château d'Odani.
Azai Hisamasa
Le père de Nagamasa, qui se donne la mort à Odani après que l'attaque de nuit de Hideyoshi l'a séparé de son fils.
Hideyoshi
Le général de Nobunaga, connu plus tard sous le nom de Toyotomi Hideyoshi, qui escorte le shogun vaincu et coupe en deux les défenses d'Odani.
Questions fréquentes
Oda Nobunaga a-t-il vraiment fait dorer les crânes de ses ennemis ?
Le Shincho Koki indique que les têtes d'Asakura Yoshikage, d'Azai Hisamasa et d'Azai Nagamasa furent traitées au hakudami et présentées lors d'une fête du Nouvel An en 1574. Son auteur, Ota Gyuichi, avait servi Nobunaga, ce qui en fait une source importante. La chronique parle de têtes et ne décrit pas le procédé en détail : « crânes d'or » est donc un raccourci populaire.
Nobunaga a-t-il bu du saké dans un crâne ?
C'est une légende populaire plus tardive, absente du Shincho Koki. La chronique dit que les têtes furent présentées comme un mets pendant que les hommes buvaient et chantaient. Elle n'indique pas que quelqu'un s'en soit servi comme coupe.
Qu'est-ce que le hakudami ?
C'est le terme employé par la chronique pour désigner la finition des têtes. On le comprend généralement comme un revêtement de laque et d'or. Gyuichi nomme la technique sans expliquer comment elle était réalisée.
Pourquoi Nobunaga en voulait-il à Azai Nagamasa ?
Nagamasa avait épousé la sœur de Nobunaga, mais il s'est rangé aux côtés des Asakura contre lui en 1570, si bien que beaucoup voient dans ce festin la vengeance d'une trahison. La chronique révèle toutefois peu de chose des sentiments intimes des deux hommes. Ce motif reste donc une interprétation, et non un fait établi.
Que devient le shogun Ashikaga Yoshiaki après sa reddition ?
Nobunaga lui laisse la vie, garde son jeune fils en otage et le fait escorter jusqu'à Wakae, dans la province de Kawachi. Yoshiaki quitte Kyoto en conservant son titre de shogun. Les historiens considèrent pourtant souvent 1573 comme la fin du shogunat de Muromachi.