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Épisode 3Un mensonge parfait, une facture impayéela branche de joyaux de Hōrai

Le prince Kuramochi fait semblant de prendre la mer, puis se cache dans un atelier secret pour faire forger la branche de joyaux par des artisans. Avec le récit inventé d'une grande aventure, il pousse la princesse Kaguya dans ses retranchements. Mais la princesse a déjà remarqué un détail étrange sur la coupe de la branche. C'est alors qu'arrivent six artisans couverts de suie, venus réclamer le salaire de mille jours de travail.

19 pagesGratuit · Sans inscription

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Le mythe derrière cet épisode

La branche de joyaux de Hōrai : résumé, prince Kuramochi et Kaguya

Résumé du conte original : un voyage qui n’a jamais eu lieu

Le Conte du coupeur de bambou (Taketori monogatari) est un récit japonais d’auteur inconnu, que l’on situe généralement au début de l’époque de Heian, vers le IXe ou le Xe siècle. Un vieil homme, le coupeur de bambou (Sanuki no Miyatsuko), découvre une minuscule fillette dans une tige de bambou lumineuse. Elle devient la princesse Kaguya, d’une beauté qui n’est pas de ce monde. Cinq nobles la demandent en mariage, et elle impose à chacun une épreuve en principe impossible. Le prince Kuramochi doit rapporter une branche d’un arbre du mont Hōrai, une montagne légendaire de la mer de l’Est : racines d’argent, tronc d’or et fruits de joyaux blancs.

Le texte original présente ouvertement le prince comme un homme rusé. Il annonce à la cour qu’il part prendre les eaux à Tsukushi (l’ancien nom de Kyushu) et fait savoir chez Kaguya qu’il s’en va chercher la branche. Il embarque à Naniwa, l’ancien port de l’actuelle Osaka, avec quelques fidèles seulement. Une fois la foule repartie, il revient discrètement à la rame, environ trois jours plus tard.

Tout était prévu. Il réunit les six meilleurs forgerons de son temps, fait bâtir une maison difficile d’accès, entoure la forge d’une triple enceinte et s’y enferme avec eux. En y engloutissant les richesses de ses domaines, il leur fait fabriquer une branche exactement conforme à la demande de Kaguya. Le lecteur n’apprendra que plus tard que le travail a duré environ mille jours.

Le grand récit d’aventure du prince Kuramochi

La branche achevée, le prince la transporte en secret à Naniwa, prétend rentrer de mer et feint l’épuisement. La rumeur court qu’il rapporte un udonge, la fleur légendaire du bouddhisme qui ne fleurirait que très rarement. En l’apprenant, Kaguya se croit perdue. Le prince se présente chez elle en habits de voyage, la branche accompagnée d’un poème où il affirme qu’il ne serait jamais revenu sans elle.

Le coupeur de bambou est conquis : la branche correspond en tout point à la demande. Il presse Kaguya d’accepter et commence même à préparer la chambre nuptiale. Kaguya, le menton dans la main, se tait et se lamente. C’est seulement ensuite que le vieil homme demande où poussait l’arbre. Le prince déroule alors une histoire soigneusement polie : des tempêtes qui faillirent le couler, une terre étrange où une sorte de démon voulut le tuer, des jours sans savoir où il allait, des racines d’herbe et des coquillages pour survivre, des maladies loin de tout secours.

Le cinq-centième jour, dit-il, une montagne superbe apparut, flottant sur la mer. Une femme vêtue comme une fée céleste en sortit pour puiser de l’eau avec un bol d’argent ; elle lui dit que c’était Hōrai, se nomma Ukanruri, puis disparut. Autour de la montagne poussaient des fleurs inconnues ici-bas, au bord de ruisseaux d’or, d’argent et de lapis-lazuli enjambés par des ponts de joyaux. Sa branche, prétend-il, était modeste en comparaison, mais conforme à la demande. Il serait rentré en un peu plus de quatre cents jours.

La facture impayée qui fait tout s’écrouler

Ému, le vieil homme échange des poèmes avec le prince. Mais six hommes entrent alors dans le jardin, et l’un d’eux tend une requête. L’artisan Ayabe no Uchimaro (la lecture de son nom varie selon les éditions), de l’atelier du palais, explique qu’ils se sont privés de céréales et ont travaillé plus de mille jours pour façonner l’arbre de joyaux, et que le prince leur avait promis des charges officielles. Ils n’ont toujours rien reçu et réclament leur dû pour leurs familles. Le prince reste pétrifié.

Kaguya lit elle-même la requête et retrouve aussitôt sa bonne humeur. Elle rend la branche avec un poème moqueur. Le vieil homme, gêné, fait semblant de somnoler. Le prince reste assis, mal à l’aise, jusqu’au crépuscule, puis s’éclipse. Kaguya récompense généreusement les artisans ; mais sur le chemin du retour, le prince les fait frapper jusqu’au sang, et ils s’enfuient en abandonnant leurs récompenses. Déclarant que c’est la plus grande honte de sa vie, le prince part seul dans les montagnes profondes. Ses serviteurs le cherchent, en vain.

Ce que dit cet épisode : contexte et interprétations

Le mont Hōrai vient de Penglai, l’île des immortels de la tradition chinoise : Kaguya réclamait un objet venu des confins de la légende. Des cinq prétendants, Kuramochi est celui qui s’approche le plus du but, grâce à l’argent, au travail d’artisans et au talent de comédien. Ce n’est pas une épreuve magique qui le perd, mais un salaire impayé. Beaucoup y lisent une satire de l’aristocratie, renforcée par le contraste entre la cruauté du prince et la générosité de Kaguya. Selon une hypothèse avancée par certains chercheurs, le prince s’inspirerait d’un personnage réel de la cour, Fujiwara no Fuhito ; la question n’est pas tranchée.

L’épisode montre aussi la position fragile de Kaguya : elle ne peut pas simplement refuser face à ceux qui l’ont élevée, et les épreuves impossibles sont sa seule défense. D’où sa terreur devant une contrefaçon convaincante.

Ce que le manga ajoute ou modifie

Dans l’original, rien n’indique que Kaguya examine la branche ni qu’elle y repère un défaut : le détail étrange qu’elle remarque sur la coupe est une invention du manga. L’ordre du texte est en revanche respecté : le vieil homme prépare la chambre avant même que le prince ne raconte son voyage.

Le récit du prince est dessiné dans un style fantastique exagéré, puisqu’il sait qu’il ment, mais les événements suivent ses paroles dans l’ordre original. Le texte ne décrit ni les démons et monstres de la mer, ni la fée céleste, ni le mont Hōrai : leur apparence est inventée, tout comme le dessin précis de la branche (dans le respect de l’argent, de l’or et des joyaux blancs), l’intérieur de l’atelier secret, l’écoulement des mille jours, ainsi que les visages et caractères des six artisans de l’atelier du palais.

Où le lire

Pour voir le mensonge du prince s’effondrer case après case, l’épisode 3 du Conte du coupeur de bambou : la princesse Kaguya venue de la Lune se trouve juste au-dessus de cet article. Comme tous les épisodes de Manga Portal, il se lit gratuitement et sans inscription : vous pouvez enchaîner avec les autres prétendants quand vous le souhaitez.

Personnages de cet épisode

prince Kuramochi
Prétendant riche et rusé qui simule un voyage en mer et fait forger en secret une fausse branche pour obtenir la main de Kaguya.
princesse Kaguya
Fille adoptive du coupeur de bambou, qui impose l’épreuve impossible et se trouve sauvée lorsque les artisans dévoilent la supercherie.
le coupeur de bambou (Sanuki no Miyatsuko)
Père adoptif bienveillant mais crédule, qui croit le prince et commence à préparer les noces.
Ayabe no Uchimaro
Artisan de l’atelier du palais dont la requête pour salaires impayés révèle le mensonge du prince.
les six artisans de l’atelier du palais
Maîtres forgerons qui ont travaillé environ mille jours sur la branche et ont été battus au lieu d’être payés.
la fée céleste
Femme d’allure divine, nommée Ukanruri, qui n’existe que dans le récit inventé du prince et lui désigne le mont Hōrai.

Questions fréquentes

Que demande la princesse Kaguya au prince Kuramochi ?

Elle lui demande une branche d’un arbre du mont Hōrai, dans la mer de l’Est, aux racines d’argent, au tronc d’or et aux fruits de joyaux blancs. L’épreuve était censée être impossible.

Comment le mensonge du prince Kuramochi est-il découvert ?

Juste après son récit d’aventure, les artisans qui ont fabriqué la branche arrivent avec une requête réclamant le salaire de plus de mille jours de travail. Leur plainte prouve que la branche a été forgée, et non cueillie à Hōrai.

Qu’est-ce que le mont Hōrai ?

Hōrai est le nom japonais de Penglai, une île-montagne légendaire des immortels dans la tradition chinoise. Dans le conte, c’est un lieu de merveilles situé très loin dans la mer de l’Est.

Que devient le prince Kuramochi à la fin ?

Démasqué, il fait battre les artisans, puis, rongé par la honte, part seul dans les montagnes profondes. Ses serviteurs le cherchent, mais on ne le retrouve jamais.

Qui a écrit le Conte du coupeur de bambou ?

L’auteur est inconnu. Le conte date généralement du début de l’époque de Heian, vers le IXe ou le Xe siècle, et il est souvent présenté comme l’un des plus anciens récits en prose japonais conservés.

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