Épisode 4L'homme qui a payé une fortune pour une fourrure ininflammableLa robe en fourrure de rat de feu et le joyau du cou du dragon
Le Conte du coupeur de bambou, épisode 4. Le ministre de la Droite Abe no Miushi dépense une fortune pour une fourrure soi-disant ininflammable. Le grand conseiller Ōtomo no Miyuki, lui, veut arracher de force le joyau du cou du dragon. La princesse Kaguya juge sur pièce les exploits de ces deux vaniteux, et souhaite en secret qu'ils s'en sortent sains et saufs. Il ne reste plus qu'un seul prétendant…
Kaguya : robe en fourrure de rat de feu et joyau du dragon (résumé)
Où se situe cet épisode dans le Conte du coupeur de bambou ?
Le Conte du coupeur de bambou (Taketori monogatari) est un récit japonais du début de l'époque de Heian, composé vers le IXe ou le Xe siècle par un auteur inconnu. On le présente souvent comme le plus ancien récit en prose japonais qui nous soit parvenu. Le coupeur de bambou (Sanuki no Miyatsuko) découvre une minuscule fillette lumineuse dans une tige de bambou. Elle devient la princesse Kaguya, d'une beauté telle que cinq nobles de haut rang viennent demander sa main.
Kaguya ne veut pas se marier. Plutôt que de refuser franchement, elle impose à chacun une épreuve : rapporter un trésor légendaire qui n'existe probablement pas. Cet épisode réunit deux de ces quêtes. Le ministre de la Droite Abe no Miushi doit trouver la robe en fourrure de rat de feu, réputée se trouver en Chine. Le grand conseiller Ōtomo no Miyuki doit rapporter le joyau aux cinq couleurs qui brille au cou d'un dragon.
La robe en fourrure de rat de feu : un trésor payé à prix d'or
Très riche, Abe ne part pas lui-même. Il écrit à Wang Kei, le marchand des Tang, arrivé au Japon sur un navire de commerce, et lui fait porter de l'or par son homme de confiance, Ono no Fusamori. Le marchand répond d'abord honnêtement : même en Chine, cette robe n'est qu'une rumeur, mais il la cherchera et rendra l'argent s'il échoue.
Au retour du navire, Fusamori rapporte le paquet de Kyushu jusqu'à la capitale en sept jours seulement. La lettre du marchand raconte qu'un saint homme venu d'Inde avait autrefois apporté la robe dans un temple de montagne, à l'ouest, et qu'il a fallu adresser une requête aux autorités pour l'obtenir. Le prix ayant dépassé la somme prévue, il réclame cinquante ryō d'or supplémentaires. Abe paie avec joie et s'incline même en direction de la Chine.
La robe arrive dans un coffret orné de pierres précieuses. Elle est d'un bleu profond et la pointe de ses poils brille comme de l'or. Sûr de lui, Abe l'apporte chez Kaguya avec un poème d'amour, et le vieil homme croit le mariage enfin acquis. Kaguya répond calmement que la robe est belle, mais qu'elle ne peut savoir si elle est authentique : si elle ne brûle pas, elle y croira. Sur son ordre, on la met au feu… et elle se consume entièrement. Le visage d'Abe prend la couleur de l'herbe et il repart sans un mot, à la grande satisfaction de Kaguya. Le récit ajoute que l'on se mit à dire « ahe nashi » d'un effort vain, jeu de mots sur le nom d'Abe. Le texte ne dit jamais si le marchand savait que la robe était fausse.
Le joyau du cou du dragon : un seigneur perdu en mer
Ōtomo, lui, donne des ordres. Il réunit sa maisonnée, promet une récompense et sermonne ceux qui hésitent : de loyaux serviteurs doivent risquer leur vie pour leur maître. Il leur remet toute la soie, le coton et l'argent de sa maison pour le voyage, avec interdiction de revenir sans le joyau. Les serviteurs d'Ōtomo critiquent ce caprice absurde, se partagent les biens et se dispersent. Pendant ce temps, Ōtomo quitte ses épouses et fait bâtir pour Kaguya une demeure luxueuse, dont milans et corbeaux emportent bientôt les fils colorés du toit pour leurs nids.
Un an passe sans nouvelles. Impatient, Ōtomo se rend lui-même au port de Naniwa (l'actuelle Osaka). Les marins rient à l'idée de chasser un dragon, mais il se vante de pouvoir en abattre un à l'arc et prend la mer. Au large de Kyushu éclate une tempête effroyable : ténèbres, vagues immenses, éclairs. Paniqué et pris d'un violent mal de mer, Ōtomo entend le timonier lui expliquer que c'est la colère du dragon. Il implore alors les dieux près d'un millier de fois.
Quelques jours plus tard, le navire échoue à Akashi, dans la province de Harima. Ōtomo a le ventre enflé et les yeux gonflés comme deux prunes ; le gouverneur de Harima ne peut s'empêcher de sourire. Rentré chez lui, Ōtomo traite Kaguya de « grande voleuse » qui a voulu le faire périr et renonce à elle. L'ancienne épouse du grand conseiller rit à s'en tenir les côtes, et l'épisode se termine lui aussi sur un jeu de mots populaire : « ana, tahegata » (à peu près « c'est insupportable ! »).
Ce que raconte cette histoire : contexte culturel
Ces épisodes relèvent autant de la comédie que du conte merveilleux. Chaque prétendant échoue à son image. Abe se fie à l'argent et aux intermédiaires, sans jamais examiner ce qu'il achète. Ōtomo se fie à son rang et à son arc, et traite ses serviteurs comme des outils. Aucun des deux ne cherche vraiment à comprendre Kaguya, et tous deux finissent humiliés en public.
Le récit reflète aussi son époque. Le Japon de Heian prisait les produits de luxe venus de Chine, et l'Inde semblait une contrée lointaine, presque légendaire : un trésor « venu d'Inde par la Chine » paraissait donc crédible. Le rat de feu provient lui-même des légendes chinoises. Selon une hypothèse, les récits de tissus incombustibles auraient été inspirés par l'amiante, mais ce n'est qu'une théorie parmi d'autres. Quant aux jeux de mots, ils montrent un auteur friand de satire envers les puissants.
Ce que le manga change par rapport au texte original
Dans l'original, ces deux quêtes forment des sections distinctes. Le manga les réunit en un seul épisode, comme si elles se déroulaient en parallèle, ce qui reste cohérent puisque Kaguya assigne toutes les épreuves lors de la même scène. L'opposition entre « l'homme de l'argent » et « l'homme de la force » est une interprétation propre au manga, même si elle s'appuie sur les actes des deux hommes.
Beaucoup de détails sont inventés. Le texte ne décrit ni les visages, ni les âges, ni les vêtements, hormis le ventre et les yeux enflés d'Ōtomo. Le manga imagine les pensées d'Abe devant la robe en flammes, l'humeur des serviteurs qui s'en vont, la nouvelle demeure, les scènes de tempête, l'apparence du dragon (qui n'apparaît jamais dans l'original) et celle du dieu des navires. Il choisit aussi si le marchand était un escroc ou une victime. Enfin, Kaguya souhaitant en secret que les deux hommes reviennent sains et saufs est une lecture du manga, pas une scène du texte d'origine.
Où lire l'épisode 4 en manga ?
Pour voir ces deux quêtes prendre vie, de la fourrure scintillante qui part en fumée à la nuit de terreur d'Ōtomo en pleine mer, l'épisode 4 du Conte du coupeur de bambou : la princesse Kaguya venue de la Lune est disponible sur Manga Portal. Tous les épisodes sont gratuits et se lisent sans inscription. Il ne reste plus qu'un seul prétendant : la suite rapproche encore Kaguya du secret de ses véritables origines.
Personnages de cet épisode
Princesse Kaguya
Jeune fille trouvée dans une tige de bambou lumineuse, qui impose des épreuves impossibles pour ne pas avoir à se marier.
Le coupeur de bambou (Sanuki no Miyatsuko)
Père adoptif de Kaguya, qui reçoit les prétendants et espère à chaque fois qu'elle acceptera enfin l'un d'eux.
Ministre de la Droite Abe no Miushi
Noble fortuné qui paie une somme énorme pour une robe en fourrure de rat de feu prétendument ininflammable.
Wang Kei, le marchand des Tang
Marchand qui procure la robe à Abe et réclame un supplément d'or ; le texte original ne dit pas s'il la savait fausse.
Grand conseiller Ōtomo no Miyuki
Noble qui ordonne à ses serviteurs de rapporter le joyau du cou du dragon, puis prend lui-même la mer et affronte une tempête mortelle.
Le timonier
Pilote du navire d'Ōtomo, qui attribue la tempête à la colère du dragon et pousse son maître à prier.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la robe en fourrure de rat de feu dans le Conte du coupeur de bambou ?
C'est une robe légendaire tissée avec la fourrure du rat de feu, une créature des légendes chinoises, censée ne jamais brûler. La princesse Kaguya demande au ministre de la Droite Abe no Miushi de la lui apporter. La robe qu'il achète est magnifique, mais elle se consume dès qu'on la met au feu.
Qu'arrive-t-il au prétendant parti chercher le joyau du cou du dragon ?
Les serviteurs du grand conseiller Ōtomo no Miyuki s'enfuient avec son argent, alors il prend lui-même la mer et subit une violente tempête. Après avoir prié pour sa vie, il échoue à Akashi, le ventre enflé et les yeux gonflés comme des prunes. Il renonce alors à Kaguya en la traitant de « grande voleuse ».
Qui sont les cinq prétendants de la princesse Kaguya ?
Ce sont le prince Ishitsukuri, le prince Kuramochi, le ministre de la Droite Abe no Miushi, le grand conseiller Ōtomo no Miyuki et le conseiller moyen Isonokami no Maro. Chacun reçoit un trésor impossible à trouver, et tous échouent.
Que signifie « ahe nashi » dans le conte ?
Après que la robe d'Abe a brûlé, le récit explique que l'on se mit à qualifier un effort vain ou décevant de « ahe nashi ». L'expression joue sur le nom d'Abe : c'est une origine plaisante que l'auteur attache à l'épisode.
La princesse Kaguya épouse-t-elle l'un des prétendants ?
Non. Tous les prétendants échouent et Kaguya ne se marie jamais. Plus tard dans le conte, même l'empereur la recherche, mais elle finit par retourner sur la Lune, d'où elle venait.