Épisode 1Le premier héros de l’humanité était un tyran – Gilgamesh et Enkidu
Gilgamesh, jeune roi que nul ne peut arrêter, épuise le peuple d’Uruk. Les plaintes montent jusqu’au ciel, et la déesse Aruru façonne dans l’argile Enkidu, un homme sauvage. Un chasseur l’aperçoit au point d’eau et, la peur au ventre, part pour Uruk.
L’Épopée de Gilgamesh résumé : Gilgamesh le tyran et la création d’Enkidu
Résumé du mythe original : comment commence l’Épopée de Gilgamesh
L’Épopée de Gilgamesh compte parmi les plus anciennes œuvres littéraires conservées. Sa forme la plus connue, la version dite « babylonienne standard », a été rédigée en akkadien sur onze ou douze tablettes d’argile. Le récit ne s’ouvre pas sur une scène d’action, mais sur une invitation. Un narrateur dont on ignore le nom fait l’éloge d’un homme qui a contemplé les profondeurs du monde : il a appris des secrets, rapporté un savoir d’avant le Déluge, s’est épuisé en longs voyages avant de trouver enfin le repos. Il a gravé ses épreuves sur la pierre et bâti les grandes murailles d’Uruk.
Puis le narrateur s’adresse directement au lecteur : monte sur le rempart d’Uruk, parcours-le, examine les fondations et les briques cuites au four. Ces fondations n’ont-elles pas été posées par les Sept Sages ? Trouve le coffret de cèdre, ouvre son fermoir de bronze, sors-en la tablette de lapis-lazuli et lis tout ce que Gilgamesh a enduré.
Vient ensuite un hymne au roi. Fils du roi Lugalbanda et de la déesse Ninsun, Gilgamesh est aux deux tiers dieu et pour un tiers homme, immense et aussi puissant qu’un taureau sauvage qui charge. L’hymne annonce déjà ses exploits futurs : ouvrir des cols de montagne, traverser la mer, retrouver Utanapishtim, le lointain survivant du Déluge, et relever les sanctuaires détruits par les eaux.
Mais le ton change. À Uruk, personne n’égale Gilgamesh, et il ne laisse aucun répit à ses sujets. Les jeunes hommes sont harcelés jour et nuit ; il ne rend ni les fils à leurs pères ni les filles à leurs mères. Le peuple d’Uruk se lamente : est-ce donc là le berger de la cité ? Cette plainte parvient aux dieux du ciel et à Anu. Les dieux demandent alors à Aruru, la déesse mère qui a façonné l’humanité, de créer un rival à la mesure du cœur orageux du roi, afin qu’ils se mesurent l’un à l’autre et qu’Uruk retrouve la paix. Aruru conçoit en elle une image d’Anu, se lave les mains, détache un peu d’argile et la jette dans la steppe. Là naît Enkidu, couvert de poils, aux longs cheveux flottants, ignorant tout des hommes et des villes. Il broute avec les gazelles et boit avec les bêtes au point d’eau. Le chasseur l’y aperçoit trois jours de suite et reste figé de peur. Rentré chez lui, il raconte à son père que cet homme sauvage comble ses fosses, arrache ses pièges et libère son gibier. Le père du chasseur lui conseille d’aller trouver Gilgamesh à Uruk et de ramener Shamhat, une prostituée capable d’attirer Enkidu vers la vie humaine. Le chasseur se met en route.
Les personnages principaux de la tablette I
Gilgamesh est le héros, mais dans ce passage il est aussi le problème. Enkidu, créé pour être son égal, ne prononce pas un seul mot. Les dieux, surtout Anu et Aruru, agissent en coulisses. Le peuple d’Uruk reste anonyme, tout comme le chasseur et son père. Shamhat, qui jouera un rôle clé dans la scène suivante, n’est ici mentionnée que dans le conseil du père.
Ce que raconte ce mythe : royauté, argile et monde sauvage
Dans l’ancienne Mésopotamie, le roi était souvent appelé le berger de son peuple, chargé de le protéger et de le nourrir. La plainte des habitants retourne ce titre contre Gilgamesh : leur berger se conduit comme un taureau sauvage au milieu du troupeau. La réponse des dieux est remarquable : ils ne détruisent pas le tyran, ils lui donnent un égal. Beaucoup de lecteurs y voient la première grande idée de l’épopée : un pouvoir sans limite a besoin d’un vis-à-vis, d’un ami ou d’une borne.
La création d’Enkidu à partir d’argile fait écho à d’autres récits mésopotamiens où les humains sont modelés dans la glaise. Sa vie dans la steppe, parmi les animaux, loin des murs et des champs, s’oppose à Uruk, la cité fortifiée qui incarne la civilisation. Le prologue glisse aussi une idée discrète : il nous invite à admirer des murailles et des tablettes qui survivent à un seul homme. C’est l’annonce du grand thème de l’œuvre : nul ne vit éternellement, mais ce que l’on bâtit et ce que l’on écrit peut durer.
La plupart des manuscrits de la version standard datent du Ier millénaire av. J.-C. et proviennent surtout de Ninive. Ils reposent sur des sources bien plus anciennes, dont des poèmes sumériens sur Gilgamesh (appelé Bilgames en sumérien) et une version paléo-babylonienne. Gilgamesh a peut-être été un véritable roi d’Uruk au début du IIIe millénaire av. J.-C., mais rien ne le prouve.
Ce que le manga ajoute ou modifie
Les tablettes sont lacunaires et certaines lignes sont brisées : le manga doit donc combler des vides. Les habitants nommés ou individualisés, comme le jeune homme d’Uruk et sa mère qui souffrent sous le roi, sont une invention du manga ; le texte ne donne aucun visage au peuple. Il ne précise pas non plus ce que Gilgamesh imposait aux jeunes hommes : certains chercheurs pensent à des jeux ou des compétitions, d’autres à des travaux comme la construction des remparts. Les scènes de corvées ou de joutes sans fin sont donc des choix artistiques. Quant à l’idée que le roi s’arrogeait les jeunes mariées, elle vient de la tablette II et de la version paléo-babylonienne, pas de la tablette I.
D’autres détails relèvent de l’interprétation : l’identité du narrateur, l’emplacement du coffret (certains le situent dans les fondations du rempart), l’apparence des dieux et la répartition de leurs répliques, le physique d’Enkidu ou la taille exacte de Gilgamesh, dont les mesures sont en partie reconstituées. Le texte ne qualifie pas clairement le roi de « jeune » dans ce passage. Enfin, l’épopée ne montre pas Enkidu détruisant les pièges : c’est le chasseur qui le rapporte après coup. Le manga qui met la scène en images la raconte autrement, sans changer les faits.
Où le lire
Pour découvrir le texte original, plusieurs traductions françaises reconnues de l’Épopée de Gilgamesh existent, souvent accompagnées de notes sur les passages mutilés et les débats savants. Si vous préférez d’abord voir l’histoire prendre vie — les murailles d’Uruk, la cité qui gémit, l’homme sauvage au point d’eau —, Mythologie mésopotamienne – L’Épopée de Gilgamesh : nul ne vit éternellement suit le récit épisode par épisode. Tous les épisodes se lisent gratuitement sur Manga Portal, sans inscription. La suite raconte l’arrivée de Shamhat et les premiers pas d’Enkidu vers le monde des hommes.
Personnages de cet épisode
Gilgamesh
Roi d’Uruk, aux deux tiers dieu et pour un tiers homme, dont la force sans frein accable son peuple.
Enkidu
Homme sauvage couvert de poils, façonné dans l’argile par la déesse Aruru pour être l’égal de Gilgamesh.
Aruru
Déesse mère créatrice de l’humanité, qui modèle Enkidu sur l’ordre des dieux.
Anu
Dieu du ciel et grand dieu d’Uruk, vers qui monte la plainte du peuple contre son roi.
Le chasseur
Chasseur anonyme qui découvre Enkidu au point d’eau et part pour Uruk, saisi de peur.
Le père du chasseur
Il conseille à son fils d’aller voir Gilgamesh et de ramener Shamhat pour apprivoiser Enkidu.
Questions fréquentes
Comment commence l’Épopée de Gilgamesh ?
Un narrateur fait l’éloge de Gilgamesh, l’homme qui a tout vu et tout appris, puis invite le lecteur à monter sur les murailles d’Uruk et à lire son histoire sur une tablette de lapis-lazuli. Après un hymne au roi, le récit décrit la dureté de son règne sur la cité.
Pourquoi les dieux ont-ils créé Enkidu ?
Le peuple d’Uruk s’est plaint aux dieux que Gilgamesh ne lui laissait aucun repos et séparait les fils et les filles de leurs familles. Les dieux ont alors demandé à la déesse Aruru de lui créer un égal, pour que les deux rivalisent et que la ville retrouve la paix.
Qui a créé Enkidu et comment ?
C’est la déesse mère Aruru. Elle forme en elle une image du dieu du ciel Anu, se lave les mains, prend un peu d’argile et la jette dans la steppe, où Enkidu voit le jour.
Gilgamesh a-t-il réellement existé ?
C’est possible. Beaucoup de spécialistes pensent qu’il s’inspire d’un véritable roi d’Uruk du début du IIIe millénaire av. J.-C., mais aucune preuve directe ne l’atteste. L’épopée en fait un héros légendaire, en partie divin.
Gilgamesh est-il un dieu ?
Pas entièrement. L’épopée le décrit comme aux deux tiers dieu et pour un tiers homme, fils de la déesse Ninsun et du roi Lugalbanda. Sa part humaine le rend mortel, et c’est tout l’enjeu du récit.