Épisode 1L'homme qui n'avait peur de rien… sauf des manjusManju kowai
Premier épisode de la série. Matsu, le fanfaron du quartier, jure que rien ne lui fait peur. Acculé par ses camarades, il finit par pâlir et avouer : « En vérité… les manjus me terrifient. » Pour lui donner une leçon, la bande empile une montagne de manjus à son chevet. Mais Matsu hurle « Quelle horreur ! » … et les dévore jusqu'au dernier.
Manju kowai, que l'on peut traduire par « J'ai peur des manju », compte parmi les histoires les plus connues du rakugo, l'art japonais du récit comique. Courte, limpide et construite autour d'une seule ruse, elle sert souvent de porte d'entrée à ceux qui découvrent ce répertoire. Dans la version la plus répandue, une bande de jeunes gens d'un même quartier bavardent et se confient tour à tour ce qui les effraie ou les dégoûte : les serpents, les araignées, les fourmis… Un seul d'entre eux se vante de n'avoir peur de rien et se moque des autres.
Manju kowai (« J'ai peur des manju ») : résumé du rakugo et chute expliquée
Manju kowai : résumé de l'histoire
Manju kowai, que l'on peut traduire par « J'ai peur des manju », compte parmi les histoires les plus connues du rakugo, l'art japonais du récit comique. Courte, limpide et construite autour d'une seule ruse, elle sert souvent de porte d'entrée à ceux qui découvrent ce répertoire.
Dans la version la plus répandue, une bande de jeunes gens d'un même quartier bavardent et se confient tour à tour ce qui les effraie ou les dégoûte : les serpents, les araignées, les fourmis… Un seul d'entre eux se vante de n'avoir peur de rien et se moque des autres. Pressé de questions, il finit par avouer à contrecœur qu'une chose le terrifie : les manju, de petites pâtisseries sucrées. Rien que d'y penser, il se sent mal, et il part s'allonger dans la pièce voisine.
Comme ce vantard a la langue bien pendue, ses camarades tiennent leur revanche. Ils se cotisent, achètent toutes sortes de manju et en déposent une pile à son chevet. Puis ils jettent un œil pour profiter de sa panique. Mais ils le découvrent en train de gémir « Quelle horreur ! Quelle horreur ! » tout en avalant les manju un par un, jusqu'au dernier. Comprenant qu'ils se sont fait berner, ils lui demandent ce qui lui fait vraiment peur. Sa réponse constitue la chute, expliquée plus bas.
L'histoire a connu des variantes au fil du temps. Un titre plus ancien, Manju girai (« Je déteste les manju »), laisse penser que dans certaines versions anciennes, l'homme dit détester les manju plutôt que les craindre, et que la réplique finale pouvait être formulée autrement. Selon une hypothèse, la plaisanterie remonterait à d'anciens contes comiques chinois, mais la question n'est pas tranchée.
Qu'est-ce que le rakugo ?
Le rakugo est un art japonais de la parole comique, pratiqué depuis plusieurs siècles, surtout dans de petites salles de spectacle appelées yose. Un conteur seul, agenouillé sur un coussin, incarne tous les personnages : un mouvement de tête, un changement de voix, et l'on passe de l'un à l'autre. Pour tout accessoire, il ne dispose que d'un éventail (sensu) et d'une serviette de coton (tenugui). L'éventail devient baguettes, pipe ou pinceau ; la serviette, portefeuille, lettre… ou manju. La plupart des histoires s'achèvent sur une réplique finale inattendue, l'ochi ou sage, vers laquelle tout le récit est tendu.
Edo, ses ruelles et ses manju : le contexte
Comme beaucoup d'histoires de rakugo, Manju kowai se déroule parmi les gens du peuple d'Edo, l'ancien nom de Tokyo, à la fin de l'époque d'Edo. Les travailleurs logeaient souvent dans des nagaya, de longues maisons en bois aux cloisons minces, où les voisins entraient et sortaient sans cesse les uns chez les autres. Cette promiscuité rend l'intrigue crédible : une bande d'amis assez proches pour se taquiner, se liguer et monter une farce ensemble.
Encore faut-il savoir ce qu'est un manju. Il s'agit d'une pâtisserie japonaise : une pâte moelleuse à base de farine de blé enveloppant une purée sucrée de haricots rouges (anko). Rien à voir avec la brioche chinoise farcie à la viande cuite à la vapeur. Dans l'histoire, le manju est une petite douceur bon marché, le genre de friandise qu'une bande de jeunes peut acheter en tas en mettant quelques pièces en commun.
Ce que le manga ajoute à l'histoire
Notre manga conserve l'intrigue classique : la ronde des peurs avouées, le fanfaron qui prétend ne rien craindre, la fausse confession, la montagne de manju et la réplique finale. Pour vérifier le récit, nous nous sommes appuyés sur des transcriptions sténographiques de représentations publiées aux ères Meiji et Taisho (fin du XIXe siècle aux années 1920). Notre source principale est la version de Chokaro Baraku, troisième du nom, conteur de cette époque, parue dans des recueils de 1913 et de 1925. Tous les dialogues et les petits gags du manga sont écrits par nous.
Plusieurs éléments relèvent de notre invention. Le conteur qui ouvre et referme l'épisode, Shomontei Fukurai, est un narrateur fictif créé pour cette série : il n'existe dans aucune source traditionnelle. Sa phrase d'ouverture sur ce que chacun ne supporte pas, et son numéro final où il fait semblant de manger sa serviette comme un manju, ont été imaginés pour le manga. Les cases exagérées illustrant la peur de chaque camarade, les grimaces pendant la dégustation, le coup d'œil par la porte coulissante et les scènes de vie des ruelles sont des choix visuels de notre part. Le nom de Matsu, ainsi que les visages et caractères des jeunes du quartier, ont aussi été créés pour le manga, car les conteurs nomment ces personnages de façons diverses.
La chute de Manju kowai expliquée (ochi / sage)
Une fois la supercherie découverte, les camarades demandent à l'homme ce qui l'effraie réellement. Il répond, en substance : « Là, maintenant, c'est une bonne tasse de thé fort qui me fait peur. »
Pour en rire, il faut connaître une habitude japonaise : on déguste les manju avec un thé vert fort, légèrement amer, qui équilibre le sucre. Après une pile entière de pâtisseries, n'importe qui réclamerait une tasse. Or l'homme vient de comprendre qu'il suffit de dire qu'une chose lui « fait peur » pour que ses amis s'empressent de la lui apporter. Il recommence donc, en nommant ce qu'il désire ensuite. La première ruse lui a valu des manju gratuits ; la seconde réclame le thé sous le nez de ceux qu'il vient de duper. Tout le sel tient à l'aplomb de cette deuxième ruse.
Où lire Manju kowai en manga
Vous pouvez lire Manju kowai dans le premier épisode de Chefs-d'œuvre du rakugo : douze séances de rire, ici sur Manga Portal. Si vous n'avez lu que le résumé, le manga vous montre case par case la montée vers la scène des manju et la mine faussement terrifiée de Matsu en pleine dégustation. C'est une façon simple et légère de découvrir le rakugo, et tous les épisodes sont gratuits, sans inscription.
Personnages de cet épisode
Matsu
Fanfaron du quartier qui jure n'avoir peur de rien, puis feint d'être terrifié par les manju pour que ses camarades lui en offrent une montagne ; ce nom est un choix du manga.
Les jeunes du quartier
Voisins qui avouent leurs propres peurs et montent une farce pour punir la vantardise de Matsu, avant de se faire berner par lui.
Le jeune qui a peur des serpents
L'un des camarades, dont la peur des serpents ouvre la ronde des confidences.
Le jeune qui a peur des araignées
Camarade qui confesse son horreur des araignées pendant la discussion.
Le jeune qui a peur des fourmis
Camarade qui avoue craindre les fourmis, l'une des petites terreurs du quotidien évoquées dans l'histoire.
Shomontei Fukurai
Conteur de rakugo fictif créé pour la série, qui ouvre et clôt chaque épisode avec son éventail et sa serviette ; il n'apparaît pas dans l'histoire traditionnelle.
Questions fréquentes
Quelle est l'histoire de Manju kowai ?
Un homme qui se vante de n'avoir peur de rien finit par avouer que les manju le terrifient. Ses camarades empilent des manju à son chevet pour l'effrayer, mais il les mange tous en faisant semblant d'avoir peur. Sa « peur » n'était qu'une ruse pour se faire offrir des pâtisseries.
Que signifie la fin de Manju kowai ?
À la fin, l'homme déclare que c'est maintenant une tasse de thé fort qui lui fait peur. Au Japon, on accompagne les manju d'un thé vert amer : il reprend donc la même ruse pour obtenir du thé. Le comique vient de l'audace de cette seconde demande.
Qu'est-ce qu'un manju ?
Le manju est une pâtisserie japonaise traditionnelle : une pâte moelleuse de farine de blé fourrée de purée sucrée de haricots rouges (anko). Il ne faut pas le confondre avec la brioche chinoise à la viande cuite à la vapeur.
Qu'est-ce que le rakugo ?
Le rakugo est un art japonais du récit comique vieux de plusieurs siècles. Un seul conteur, agenouillé sur un coussin, joue tous les personnages avec pour seuls accessoires un éventail et une serviette. Chaque histoire se termine généralement par une chute appelée ochi ou sage.
Manju kowai vient-il d'un conte chinois ?
Selon une hypothèse, la plaisanterie aurait des racines dans d'anciens contes comiques chinois, mais rien n'est certain. La version connue au Japon est une histoire de rakugo dans le style d'Edo, autrefois aussi racontée sous le titre Manju girai (« Je déteste les manju »).