Épisode 5Le marchand de konnyaku qui battit un moine sans un motKonnyaku mondô
Épisode 5 des Chefs-d'œuvre du rakugo. Rokubei, fabricant de konnyaku, prend la place de Hachi, un faux bonze complètement dépassé, lors d'une joute spirituelle. Sans prononcer un seul mot, rien qu'avec des gestes, il fait s'incliner un moine itinérant. Le hic ? Rokubei, lui, croyait tout du long marchander le prix de son konnyaku.
Le Konnyaku mondô (« le débat du konnyaku ») est un grand classique du rakugo, l'art du conte comique japonais. Tout commence avec Hachigoro (Hachi), un bon à rien qui n'a plus un sou à Edo, l'ancienne Tokyo. Il se réfugie à la campagne chez Rokubei, un homme rude mais au grand cœur, qui tient une petite fabrique de konnyaku. Beaucoup de versions situent le village près d'Annaka, dans l'ancienne province de Kôzuke (l'actuel département de Gunma), mais ce genre de détail varie d'un conteur à l'autre.
Konnyaku mondô : résumé et chute expliquée de ce conte rakugo
Konnyaku mondô : le résumé de l'histoire
Le Konnyaku mondô (« le débat du konnyaku ») est un grand classique du rakugo, l'art du conte comique japonais. Tout commence avec Hachigoro (Hachi), un bon à rien qui n'a plus un sou à Edo, l'ancienne Tokyo. Il se réfugie à la campagne chez Rokubei, un homme rude mais au grand cœur, qui tient une petite fabrique de konnyaku. Beaucoup de versions situent le village près d'Annaka, dans l'ancienne province de Kôzuke (l'actuel département de Gunma), mais ce genre de détail varie d'un conteur à l'autre. Le temple du coin n'a plus de prêtre : Rokubei fait raser la tête de Hachi et l'y installe comme bonze improvisé. Hachi ne sait pas lire le moindre sutra, mais la vie est douce. Dans certaines versions, il partage le temple avec Gonsuke, le domestique du temple.
Un jour, les ennuis arrivent. Un moine itinérant, en pèlerinage d'ascèse depuis un grand temple de la province d'Echizen, réclame un mondô, une joute religieuse en bonne et due forme. La règle est sévère : celui qui perd doit céder son temple. Hachi blêmit et s'apprête à fuir. Rokubei prend alors les choses en main : il s'assiéra lui-même à la place du bonze et ne dira rien, quoi qu'on lui demande.
Le moine commence par de savantes questions. Rokubei se tait. Le moine en conclut que son adversaire a fait vœu de silence et passe aux gestes. Il forme un petit cercle avec ses doigts : Rokubei ouvre les bras en un immense cercle. Le moine montre dix doigts : Rokubei en montre cinq. Le moine en montre trois : Rokubei tire la peau sous son œil. Le moine se prosterne, s'avoue vaincu et s'enfuit. On le rattrape pour lui demander pourquoi : chaque réponse, dit-il, était d'une profondeur admirable. Mais au temple, Rokubei est rouge de colère…
Qu'est-ce que le rakugo ?
Le rakugo est un art japonais du récit. Un seul conteur, agenouillé sur un coussin, joue tous les personnages de l'histoire, avec pour seuls accessoires un éventail et un petit linge. Un simple mouvement de tête suffit à changer de personnage, et l'éventail devient tour à tour pipe, baguettes ou pinceau. Ce spectacle se donne depuis plusieurs siècles dans les yose, de petits théâtres de variétés, et beaucoup d'histoires se terminent par une réplique finale bien aiguisée, la « chute » (ochi ou sage). Dans notre série en manga, chaque épisode s'ouvre et se referme avec le conteur Shomontei Fukurai, un narrateur fictif créé pour la série, qui ne s'inspire d'aucun artiste réel.
Contexte : le débat zen et le konnyaku
Dans le bouddhisme zen, le mondô est un échange de questions et de réponses qui met à l'épreuve l'éveil d'un pratiquant, une compréhension que l'on dit impossible à exprimer entièrement avec des mots. La réponse peut être un paradoxe, un silence ou un geste. Voilà pourquoi le moine voit une sagesse profonde chez un homme qui refuse de parler et ne fait que des signes : un religieux qui garde le silence n'a rien d'étrange à ses yeux.
Le konnyaku, lui, est un aliment gris, tremblotant et presque sans goût, fabriqué à partir de la racine féculente du konjac, une sorte de tubercule. On le vend en blocs et on le fait mijoter dans les plats de tous les jours. C'était une nourriture bon marché, et un fabricant de konnyaku était un modeste artisan de village, aussi éloigné que possible d'un maître zen érudit. Tout le comique repose sur ce décalage.
La chute (sage) expliquée
Voici comment le moine a compris le duel. Son petit cercle demandait : « Comment est le cœur du grand prêtre ? » Le grand cercle répondait : « Vaste comme l'océan. » Ses dix doigts évoquaient les mondes des dix directions, c'est-à-dire l'univers entier dans la pensée bouddhique. Les cinq doigts répondaient qu'il est soutenu par les cinq préceptes, les règles de base de la conduite bouddhique. Ses trois doigts interrogeaient sur la triade d'Amida, le bouddha Amida et ses deux compagnons. Le doigt sous l'œil répondait : « Juste sous mes yeux », autrement dit tout proche.
Rokubei, lui, a vu tout autre chose : un client qui dénigrait sa marchandise. Le petit cercle voulait dire « Ton konnyaku n'est pas plus gros que ça », d'où sa réplique : « Il est gros comme ÇA ! » Les dix doigts signifiaient « Combien pour dix blocs ? », et les cinq, « Cinq cents ». Les trois doigts voulaient dire « Fais-moi ça à trois cents », et Rokubei a répondu par un akanbe : tirer sa paupière inférieure vers le bas, une moquerie enfantine au Japon, un peu comme tirer la langue. Le sens est clair : « Pas question ! »
C'est là toute la blague : les mêmes gestes portent deux conversations à la fois, l'une sur la vérité de l'univers, l'autre sur un marchandage de nourriture bon marché. Chacun est certain d'avoir parfaitement compris l'autre, et le saint homme est battu par un boutiquier qui ne faisait que défendre ses prix.
Ce que notre version en manga a changé
Les histoires de rakugo se transmettaient de bouche à oreille, si bien que les premières transcriptions imprimées comptent parmi les meilleurs témoignages de la manière dont on les racontait. Nous avons vérifié l'intrigue à partir de la transcription d'une représentation de Tachibanaya Enkyô IV (mort en 1912), publiée en 1908 dans le recueil de l'ère Meiji Enkyô rakugo-kai, conservé à la Bibliothèque nationale de la Diète du Japon. Le scénario du manga est entièrement de notre plume.
L'original nomme un temple réel et célèbre. Dans le manga, le temple, son école, le nom du moine et son temple d'origine sont inventés, et le village reste anonyme. Les fanfaronnades de Hachi en faux bonze sont une invention, tout comme les questions orales du moine : elles sonnent zen mais ne viennent d'aucun véritable kôan, et elles ne se moquent pas du bouddhisme. Le duel de gestes se déroule dans des cases muettes, et la révélation occupe une double page qui met côte à côte la lecture du moine et celle de Rokubei. La source ne décrit ni l'apparence ni l'âge des personnages : leurs visages et leurs âges ont été imaginés pour le manga. Les scènes d'ouverture et de clôture avec Shomontei Fukurai sont également nouvelles.
Où lire le Konnyaku mondô en manga gratuit
L'épisode 5 des Chefs-d'œuvre du rakugo : douze séances de rire, « Le marchand de konnyaku qui battit un moine sans un mot — Konnyaku mondô », se lit gratuitement sur Manga Portal, sans inscription. Même si vous connaissez déjà la chute, il est savoureux de regarder les deux visages pendant le duel silencieux : l'un solennel, l'autre furieux, tous deux absolument sûrs d'eux. Et si l'épisode vous plaît, la série compte onze autres grands classiques du rakugo, tous racontés en manga.
Personnages de cet épisode
Rokubei
Fabricant de konnyaku au grand cœur, il prend la place du faux bonze et remporte un débat zen en croyant qu'on parle de la taille et du prix de son konnyaku.
Hachigoro (Hachi)
Vagabond ruiné venu d'Edo, installé comme bonze improvisé sans connaître un seul sutra, qui panique quand un vrai moine le défie.
Le moine itinérant
Religieux sérieux et savant en pèlerinage d'ascèse, qui prend le silence de Rokubei pour un éveil profond et s'avoue vaincu.
Gonsuke
Domestique du temple, présent dans certaines versions du conte sans être indispensable à l'intrigue.
Shomontei Fukurai
Conteur de rakugo fictif qui présente et conclut chaque épisode de la série en manga.
Questions fréquentes
De quoi parle le Konnyaku mondô ?
C'est un conte comique classique du rakugo. Un marchand de konnyaku se fait passer pour le prêtre d'un temple et doit affronter un moine itinérant dans un débat zen. Il ne dit pas un mot et gagne avec des gestes, car le moine voit une sagesse profonde dans ce qui n'est en réalité qu'une dispute sur le prix du konnyaku.
Que signifie la fin du Konnyaku mondô ?
Le moine croit que ses signes interrogent le cœur du prêtre, l'univers et le bouddha Amida, et il prend les réponses pour des paroles d'éveil. Rokubei, lui, croit qu'on dénigre son konnyaku et qu'on marchande : ses « réponses » veulent dire « Il est gros comme ça », « Cinq cents » et un « Pas question ! » moqueur. Les mêmes gestes ont deux sens totalement différents, et c'est toute la chute.
Qu'est-ce que le konnyaku ?
Le konnyaku est un aliment japonais gris et gélatineux, fabriqué à partir de la racine du konjac. Presque sans goût et vendu en blocs, c'était depuis longtemps une nourriture quotidienne bon marché, d'où le comique de le voir au centre d'un débat zen solennel.
Qu'est-ce qu'un mondô dans le bouddhisme zen ?
Un mondô est un échange de questions et de réponses qui met à l'épreuve l'éveil d'un pratiquant, une compréhension que l'on dit impossible à dire avec des mots. Les réponses peuvent être des paradoxes, des silences ou des gestes, ce qui explique que le moine prenne le mutisme de Rokubei pour de la sagesse.
Qui a créé l'histoire du Konnyaku mondô ?
Le Konnyaku mondô est un conte traditionnel transmis oralement par les conteurs de rakugo, sans auteur connu. L'une des premières traces écrites est une transcription imprimée en 1908 d'une représentation de Tachibanaya Enkyô IV, conteur de l'ère Meiji.