Épisode 3Faites venir le ninja de deux mètres aux quatre crocsFuma Kotaro
Face à l’immense armée Takeda campée de l’autre côté de la rivière, le jeune chef Hojo Ujinao doit trouver une parade avant l’aube. Il fait venir au quartier général les Fuma, que ses vassaux méprisent comme de vulgaires voleurs. Des ténèbres surgit un homme de plus de deux mètres, avec quatre crocs et une voix qui porterait à cinq kilomètres.
Le récit vient du « Hojo Godaiki », c’est-à-dire la « Chronique des cinq générations des Hojo ». Son auteur, Miura Joshin, était un samouraï qui avait autrefois servi cette famille. Il l’aurait rédigé vers la fin de l’ère Keicho (autour des années 1610), et le livre fut imprimé pendant l’ère Kan’ei (1624-1644). L’un de ses chapitres est consacré aux rappa de la région du Kanto. Dans l’est du Japon, ce mot désignait des espions et des pillards à gages : ceux que l’on appelle aujourd’hui des ninja, ou shinobi.
Fuma Kotaro : le ninja géant du clan Hojo, histoire et origines
En bref : Fuma Kotaro est le chef légendaire des rappa, des voleurs rusés employés comme espions et pillards par le clan Hojo à l’époque Sengoku. Selon le « Hojo Godaiki » de Miura Joshin, ce géant de plus de deux mètres aux quatre crocs menait deux cents hommes qui, vers 1581, semèrent chaque nuit le chaos dans le camp de Takeda Katsuyori au bord de la rivière Kise.
L’histoire d’origine : Fuma et les rappa du clan Hojo
Le récit vient du « Hojo Godaiki », c’est-à-dire la « Chronique des cinq générations des Hojo ». Son auteur, Miura Joshin, était un samouraï qui avait autrefois servi cette famille. Il l’aurait rédigé vers la fin de l’ère Keicho (autour des années 1610), et le livre fut imprimé pendant l’ère Kan’ei (1624-1644). L’un de ses chapitres est consacré aux rappa de la région du Kanto. Dans l’est du Japon, ce mot désignait des espions et des pillards à gages : ceux que l’on appelle aujourd’hui des ninja, ou shinobi.
D’après la chronique, à l’époque où Hojo Ujinao dirigeait la famille, le clan Hojo entretenait deux cents rappa. Joshin les présente comme des voleurs, mais des voleurs dotés d’une vraie intelligence et d’un sens aigu de la stratégie. Leur chef s’appelait Fuma. Ces deux cents hommes formaient quatre bandes : brigands des montagnes, pirates, bandits de grand chemin et voleurs à la tire.
Vers la neuvième année de l’ère Tensho (environ 1581), l’armée d’Ujinao fit face aux troupes de Takeda Katsuyori de part et d’autre de la rivière Kise, à la frontière des provinces d’Izu et de Suruga. Chaque nuit, les rappa de Fuma s’infiltraient dans le camp ennemi. Ils capturaient des hommes vivants, coupaient les longes des chevaux pour les lâcher et allumaient des incendies. Paniqués dans l’obscurité, les soldats Takeda en vinrent même à se battre entre eux. Certaines versions ajoutent qu’au retour, les rappa se levaient et s’asseyaient tous ensemble à un signal convenu, pour repérer les ennemis qui se seraient glissés parmi eux. Joshin termine le chapitre en saluant la ruse de ces hommes.
Un géant aux quatre crocs : le portrait de Fuma
La description de Fuma est le passage le plus célèbre du chapitre, et elle évoque davantage un démon qu’un homme. Il mesurait sept shaku et deux sun, soit environ 2,18 mètres. Ses bras et ses jambes étaient épais de muscles et couverts de bosses. Il avait les yeux relevés vers les tempes, une barbe noire et une bouche fendue jusqu’aux deux côtés du visage, d’où sortaient quatre crocs. Sa tête ressemblait à celle de Fukurokuju, un dieu du bonheur connu pour son crâne très allongé, et il avait le nez haut.
Sa voix était tout aussi étrange : quand il criait, on l’entendait à cinquante cho, plus de cinq kilomètres. Quand il parlait bas, elle devenait rauque et trouble.
Son prénom « Kotaro » est moins sûr. La chronique l’appelle surtout « Fuma », et le nom de Fuma Kotaro s’est peut-être répandu plus tard dans la tradition. On raconte aussi qu’après la chute des Hojo, des survivants du groupe devinrent brigands près d’Edo et furent arrêtés puis exécutés pendant l’ère Keicho. Ce récit pourrait venir d’une autre partie du livre ou d’une légende postérieure.
Contexte historique : la guerre de l’ombre à l’époque Sengoku
Les Hojo d’Odawara, souvent appelés « Hojo tardifs », comptaient parmi les grandes familles de seigneurs de guerre de l’époque Sengoku, la période « des provinces en guerre ». Hojo Ujinao en fut le cinquième et dernier chef : le clan tomba face à Toyotomi Hideyoshi en 1590. Le « Hojo Godaiki » regarde donc vers un monde que son auteur a vu disparaître. Takeda Katsuyori, fils du célèbre général Takeda Shingen, vit sa propre famille anéantie en 1582.
Ce chapitre montre comment les seigneurs de l’époque faisaient vraiment la guerre. À côté des armées de samouraïs, ils employaient des combattants irréguliers venus des marges de la société : bandits, pirates et voleurs habitués à se déplacer sans être vus. Le portrait monstrueux de Fuma mêle sans doute histoire et légende. Il traduit la peur qu’inspiraient ces hommes de l’ombre, et il a fait des Fuma l’un des groupes de ninja les plus connus du Japon, aux côtés de ceux d’Iga et de Koga.
Ce que le manga invente
La chronique ne montre jamais une rencontre directe entre Ujinao et Fuma. Dans l’épisode 3, le jeune chef fait venir les Fuma la nuit, alors qu’il doit trouver une parade avant l’aube, et les vassaux des Hojo les traitent avec mépris de vulgaires voleurs. Puis le géant surgit des ténèbres. Cette scène a été créée pour le manga et prépare l’épisode 4.
Le texte d’origine ne fait que nommer les quatre bandes. Le manga donne à chacune ses talents propres, et prête à certains rappa un nom, un visage et un caractère qui n’existent pas dans la source. La façon de parler de Fuma, ses échanges avec Ujinao, les scènes nocturnes au bord de la rivière Kise et la mise en scène de sa voix immense sont aussi des ajouts. En revanche, le plan contre l’armée Takeda reste fidèle à la chronique : raids de nuit, prisonniers, chevaux libérés et incendies.
Où le lire
Pour voir les crocs de Fuma, entendre sa voix tonner et suivre ses deux cents voleurs dans la nuit, l’épisode 3 de « Chroniques ninja : les ombres de Fuma, Iga et Koga » vous attend ici, sur Manga Portal. Tous les épisodes sont gratuits et se lisent sans inscription. Commencez par celui-ci, ou revenez à l’épisode 1 pour suivre cette guerre de l’ombre depuis le début.
Personnages de cet épisode
Fuma (Fuma Kotaro)
Chef des deux cents rappa du clan Hojo, décrit dans le « Hojo Godaiki » comme un géant de plus de deux mètres aux quatre crocs, dont le cri portait à plus de cinq kilomètres.
Hojo Ujinao
Cinquième et dernier chef du clan Hojo d’Odawara, qui entretenait les rappa et affronta les Takeda sur la rivière Kise.
Takeda Katsuyori
Chef du clan Takeda et fils de Takeda Shingen, dont le camp fut plongé dans le chaos par les raids nocturnes des Fuma.
Les rappa de Fuma (quatre bandes)
Deux cents voleurs rusés, répartis entre brigands des montagnes, pirates, bandits de grand chemin et voleurs à la tire, qui attaquaient l’ennemi de nuit.
Les vassaux des Hojo
Les guerriers au service d’Ujinao qui, dans le manga, méprisent les Fuma comme de simples voleurs.
Miura Joshin
Ancien serviteur des Hojo et auteur du « Hojo Godaiki », la chronique qui a transmis la légende de Fuma.
Questions fréquentes
Qui était Fuma Kotaro ?
Fuma Kotaro est le chef légendaire des Fuma, un groupe de rappa (espions et pillards proches des ninja) au service du clan Hojo à l’époque Sengoku. La principale source ancienne, le « Hojo Godaiki », l’appelle surtout « Fuma ». Le prénom « Kotaro » viendrait peut-être d’une tradition plus tardive.
Fuma Kotaro mesurait-il vraiment plus de deux mètres ?
Le « Hojo Godaiki » lui donne sept shaku et deux sun, soit environ 2,18 mètres, ainsi que quatre crocs et une bouche fendue jusqu’aux joues. Ces détails relèvent plutôt d’un mélange d’histoire et de légende que d’une description fiable.
Que firent les ninja Fuma sur la rivière Kise ?
Vers 1581, quand les armées Hojo et Takeda se faisaient face de part et d’autre de la rivière Kise, les rappa de Fuma s’introduisaient chaque nuit dans le camp ennemi. Ils capturaient des hommes, lâchaient les chevaux et allumaient des incendies, au point que les soldats Takeda, affolés, se battirent entre eux.
Quelle différence entre rappa et ninja ?
Rappa était un mot employé surtout dans l’est du Japon pour désigner des espions, des pillards et des éclaireurs à gages, que l’on appellerait aujourd’hui ninja ou shinobi. Le « Hojo Godaiki » les décrit comme des voleurs à l’esprit vif et doués pour la stratégie.
Que sont devenus les Fuma après la chute des Hojo ?
Après la défaite des Hojo face à Toyotomi Hideyoshi en 1590, les Fuma perdirent leur seigneur. Selon une tradition, certains devinrent brigands près d’Edo et furent capturés puis exécutés au début des années 1600, mais ce récit reste incertain.