Épisode 2Il descendit chez les morts chercher sa femmeIzanagi, Izanami et Yomi
Izanami meurt en donnant naissance au dieu du feu. Désespéré, Izanagi descend à Yomi, le pays des morts, pour lui dire : « Rentrons ensemble. » Mais il brise la seule promesse qu’elle lui demandait, « ne me regarde pas », et de part et d’autre d’un rocher, les deux époux échangent les mots qui sépareront à jamais la vie et la mort.
Dans le Kojiki, Izanagi et Izanami forment le couple divin qui engendre les îles du Japon et une foule de dieux. Leur histoire bascule quand Izanami donne naissance à Kagutsuchi, le dieu du feu. L’accouchement la brûle gravement et elle en meurt. Izanagi pleure sur son corps, l’ensevelit, puis, dans sa douleur et sa colère, abat le dieu du feu avec son sabre. Du sang versé naissent encore d’autres divinités. Incapable d’accepter cette perte, Izanagi se rend à Yomi, le pays des morts.
Izanagi et Izanami à Yomi : résumé du mythe du Kojiki
En bref : Le mythe d’Izanagi et Izanami à Yomi raconte comment le dieu Izanagi descend au pays des morts pour ramener son épouse Izanami, morte en mettant au monde le dieu du feu. Il brise la seule promesse qu’elle lui demandait, « ne me regarde pas », s’enfuit, puis ferme le passage par un rocher : séparés de part et d’autre, les deux époux fixent à jamais la frontière entre la vie et la mort. Cet épisode figure dans le livre I du Kojiki, la plus ancienne chronique du Japon (712).
Le mythe original : résumé
Dans le Kojiki, Izanagi et Izanami forment le couple divin qui engendre les îles du Japon et une foule de dieux. Leur histoire bascule quand Izanami donne naissance à Kagutsuchi, le dieu du feu. L’accouchement la brûle gravement et elle en meurt. Izanagi pleure sur son corps, l’ensevelit, puis, dans sa douleur et sa colère, abat le dieu du feu avec son sabre. Du sang versé naissent encore d’autres divinités.
Incapable d’accepter cette perte, Izanagi se rend à Yomi, le pays des morts. Izanami vient à sa rencontre à l’entrée d’une demeure, et il la supplie de revenir : leur œuvre de création n’est pas achevée. Elle lui répond qu’il arrive trop tard, car elle a déjà mangé de la nourriture préparée à Yomi, ce qui l’attache à ce monde. Elle accepte pourtant de demander la permission aux dieux de Yomi, à une condition : qu’il ne la regarde pas pendant son absence.
L’attente s’éternise. Impatient, Izanagi casse une dent du peigne planté dans sa chevelure, l’allume comme une torche et entre. Il découvre le corps d’Izanami en décomposition, grouillant de vers, sur lequel siègent les Huit Dieux du Tonnerre. Saisi d’effroi, il prend la fuite.
La poursuite et le rocher de Yomotsu Hirasaka
Izanami s’écrie qu’il l’a couverte de honte et lance à ses trousses les Yomotsu-shikome, les terribles femmes de Yomi. Izanagi jette sa coiffe, qui se change en raisin, puis son peigne, qui donne des pousses de bambou : les poursuivantes s’arrêtent pour les dévorer. Viennent ensuite les Huit Dieux du Tonnerre à la tête de l’armée de Yomi. Au bas de la pente de Yomotsu Hirasaka, qui mène hors du pays des morts, Izanagi leur lance trois pêches, et ils reculent. Reconnaissant, il remercie le pêcher et lui donne un nom divin.
Enfin, Izanami se lance elle-même à sa poursuite. Izanagi bloque la pente avec un rocher si lourd qu’il faudrait mille personnes pour le déplacer. De part et d’autre de la pierre, les époux échangent leurs dernières paroles. Izanami jure de tuer chaque jour mille habitants du pays d’Izanagi ; celui-ci répond qu’il fera alors bâtir chaque jour mille cinq cents huttes d’accouchement. Selon le Kojiki, c’est pourquoi mille personnes meurent chaque jour et mille cinq cents naissent. Dès lors, Izanami est appelée la grande déesse de Yomi.
Ce que ce mythe nous dit (contexte culturel)
Dans le Kojiki, c’est le moment où la mort s’installe définitivement dans le monde. Une déesse créatrice ne peut pas en revenir, et son époux ne peut rien y changer. Le récit ne s’achève pourtant pas sur le désespoir : la réponse d’Izanagi garantit que la vie l’emportera toujours en nombre sur la mort.
Yomi n’est pas un lieu de jugement, comme un paradis ou un enfer. C’est un monde obscur et impur, et quiconque goûte à sa nourriture lui appartient. Juste après cet épisode, Izanagi se lave dans une rivière pour se défaire de la souillure de Yomi ; de cette purification naissent Amaterasu, la déesse du soleil, Tsukuyomi, le dieu de la lune, et Susanoo, le dieu de la tempête. Beaucoup de chercheurs y voient un lien avec l’importance de la pureté et des rites de purification dans le shintô, mais la mesure dans laquelle le mythe reflète des pratiques anciennes réelles reste débattue.
On compare souvent ce récit à celui d’Orphée et Eurydice : dans les deux cas, un époux descend aux Enfers et échoue à cause d’un regard interdit. Les détails et le sens diffèrent toutefois. Izanami n’est pas perdue par accident : elle devient une déesse de la mort, puissante et pleine de colère.
Le même interdit à la fin du livre I
La règle « ne me regarde pas » revient plus loin dans le même livre. Toyotama-hime, fille du dieu de la mer, s’apprête à accoucher sur le rivage et demande à son époux Hoori de ne pas regarder, car elle doit reprendre sa vraie forme. Il jette un coup d’œil et aperçoit une gigantesque créature marine appelée wani. Honteuse, elle laisse l’enfant, ferme la frontière entre la mer et la terre et retourne à l’océan. Plus tard, elle lui envoie un poème par l’intermédiaire de sa sœur, toujours éprise de lui.
Dans les deux histoires, un mari rompt sa promesse, voit ce qu’il ne devait pas voir, et une frontière se ferme pour toujours : entre les vivants et les morts, puis entre la terre et la mer.
Ce que le manga ajoute
Le Kojiki dit très peu de choses des sentiments des personnages. Il ne décrit ni les pensées d’Izanagi pendant son attente devant la demeure, ni le visage d’Izanami quand elle le voit s’enfuir. Le manga conserve les grands événements du texte : la mort après la naissance du dieu du feu, la descente à Yomi, l’unique demande, la promesse brisée et les dernières paroles de part et d’autre du rocher. Le dessin des personnages, leurs expressions, l’aspect de Yomi et les moments d’émotion entre les scènes relèvent de l’interprétation des auteurs, et non du texte original.
Pour savoir précisément ce que raconte le Kojiki, fiez-vous au résumé ci-dessus. Le manga, lui, montre ce que la perte de ce couple a pu faire ressentir.
Où le lire
L’épisode 2 de Kojiki, livre I : Chronique des dieux, « Il descendit chez les morts chercher sa femme », raconte cette histoire en manga. Comme tous les épisodes de Manga Portal, il se lit gratuitement et sans inscription. Et si vous voulez découvrir la suite, avec Amaterasu, Susanoo et les autres grands mythes du Japon, il vous suffit de continuer la lecture ici.
Personnages de cet épisode
Izanagi
Le dieu créateur qui descend au pays des morts pour ramener son épouse, puis brise sa promesse de ne pas la regarder.
Izanami
La déesse créatrice morte en mettant au monde le dieu du feu, qui devient la grande déesse de Yomi.
Kagutsuchi
Le dieu du feu, dont la naissance brûle sa mère Izanami et provoque sa mort.
Yomotsu-shikome
Les redoutables femmes du pays des morts qu’Izanami lance à la poursuite d’Izanagi.
les Huit Dieux du Tonnerre
Les dieux du tonnerre qu’Izanagi voit sur le corps d’Izanami et qui mènent l’armée de Yomi contre lui.
Questions fréquentes
Pourquoi Izanami est-elle allée au pays des morts ?
Izanami est morte des brûlures subies en mettant au monde Kagutsuchi, le dieu du feu. Après sa mort, elle s’est rendue à Yomi, le pays des morts, comme le raconte le Kojiki.
Pourquoi Izanami n’a-t-elle pas pu revenir de Yomi ?
Elle avait déjà mangé de la nourriture préparée à Yomi, ce qui la liait au pays des morts. Elle a accepté de demander la permission aux dieux de Yomi, mais Izanagi l’a regardée avant son retour, rompant sa promesse.
Qu’a vu Izanagi à Yomi ?
À la lueur d’une dent de son peigne allumée comme une torche, il a vu le corps d’Izanami en décomposition, couvert de vers, avec les Huit Dieux du Tonnerre posés dessus. Terrifié, il s’est enfui.
Que se disent Izanagi et Izanami devant le rocher ?
Izanami jure de tuer chaque jour mille habitants du pays d’Izanagi, et celui-ci répond qu’il fera naître chaque jour mille cinq cents personnes. Le Kojiki explique ainsi pourquoi il naît plus de gens qu’il n’en meurt.
Le mythe d’Izanagi et Izanami ressemble-t-il à Orphée et Eurydice ?
Dans les deux récits, un époux descend aux Enfers et échoue à cause d’un regard interdit, d’où la comparaison fréquente. Mais dans le Kojiki, Izanami devient une déesse de la mort en colère, et l’histoire se termine par un serment sur la vie et la mort de tous les humains.